J’ai testé les balades photographiques sur la beauté des coiffures nigérianes

Publié le par Sophie

La culture africaine est fascinante, multiforme et malheureusement largement méconnue, en tout cas en Occident. Pour pallier l’ignorance, voire la condescendance de ses contemporains, Medina Dugger, jeune photographe californienne s’est installée à Lagos, la plus grande ville du Nigéria. Décision radicale et heureuse puisque six ans plus tard, en 2018, elle y vit toujours !

La photographe américaine Medina Dugger

Pour cette série de photos « Chroma » éparpillée dans le centre bourg de Daoulas, Medina Dugger s’est inspiré du travail d’un des plus grands noms de la photographie africaine, l’artiste nigérian, J.D. Okhai Ojeikere, qui a passé une grande partie de sa vie à « capturer » avec son Rolleiflex quelques milliers de coiffures élaborées avec sophistication par les femmes nigérianes. La collection « Hairstyles » d’Ojeikere est actuellement visible dans les jardins de l’Abbaye de Daoulas. A voir absolument !

Photo en noir et blanc d'Ojeikere

 

Ojeikere est décédé en 2014, à l’âge de 84 ans. Son travail est d’une richesse historique et anthropologique inestimable. Aujourd’hui, son regard d’artiste influence la perception de toute une génération de photographes, créateurs et coiffeurs, et par cascade, quelques modeuses pointues, à l’instar de l’actrice oscarisée Lupita Nyong’o.
 

Sous colonie britannique, les perruques et le lissage des cheveux étaient devenus des pratiques communes, notamment dans les grandes villes du Nigéria. Lorsque le pays acquiert son indépendance en 1960, les Nigérianes se réapproprient le style afro traditionnel. Aujourd'hui, la coiffure est plus que jamais un moyen d’expression qui leur permet de s’opposer de manière créative aux standards de beauté euro-centrés. Un joli pied de nez à la mondialisation dont seules les femmes sont capables !

Clichés ultra-vitaminés de Dugger
Magnifique gele (prononcé «gay-lay»), foulard savamment noué lors de fêtes traditionnelles

 

Ne manquez pas ces superbes expos photos « Hairstyles » et « Chroma » qui rendent hommage aux femmes nigérianes, à leur inventivité et à leur courage (!) quand on sait les attentats (perpétrés par le groupe jihadiste Boko Haram), guerres intestines et autres coups d'Etat qui rongent le pays depuis des décennies... En creusant le symbolisme des coiffures africaine, on comprend vite qu'il n'y a là rien de frivole. Dans certaines cultures traditionnelles, le cheveu revêt un pouvoir magique : il permet de se protéger des mauvaises influences, d'augmenter sa force vitale, de converser avec les esprits.

Les balades photographiques ont débuté  le 29 mars pour s'achever en fin d'année. Elles offrent un regard différent - sophistiqué - sur la culture africaine ! 

Plus d'infos sur le site de la maire de Daoulas

A Daoulas, cette année, ils n'ont que le mot « cheveu » sur la langue ! A partir du 15 juin, la nouvelle expo « Cheveux chéris - Frivolités & Trophées » sera visible à l'abbaye. Il s'agit d'une exposition temporaire, dont une partie avait été présentée au musée du quai Branly en 2012-2013.

Présentation de « Cheveux chéris » par Yves Le Fur, commissaire de l’exposition : Abordant l’idée que chacun donne de sa personnalité par la coiffure, elle se présente tout d’abord sous l’angle de la frivolité, des compétitions entre blonds/blondes, rousses et bruns, lisses et crépus... Comparant les coquetteries des Papous des Hautes Terres de Nouvelle Guinée ou des belles citadines africaines ou des Merveilleuses du Directoire, l’exposition avance vers l’idée du matériau humain à modeler, à sculpter, support à la fois de savoir-faire, de la relativité de la beauté mais aussi objet de perte, symbole du temps qui passe et de la mort. Par leur usage nostalgique, les cheveux sont des supports de mémoire. Restes humains, reliques ils conservent un peu de l’aura et de l’énergie de leur propriétaire. Une large partie de l’exposition est consacrée à ces « mana » qui ont donné naissance, dans le monde, à de multiples objets dits « magiques » ou pour le moins dotés de pouvoirs que l’on s’approprie. La question du reste et du trophée est ainsi posée et plus largement du statut de certains « objets » campés aux frontières de l’horripilant et de l’insoutenable, interrogeant nos catégories à partir d’une expérience universelle. (source : Chemins du Patrimoine en Finistère)

 

A suivre donc !

 

 

 

 

Publié dans Daoulas, Culture & Sorties

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article