J’ai testé l’exposition Veličković au FHEL

Publié le par Sophie

Si vous avez trop de baume au cœur en ce moment à cause d’une overdose de films de Noël par exemple, foncez voir cette exposition de Vladimir Veličković visible aux Capucins à Landerneau jusqu’au 26 avril 2020. Elle vous remettra les idées en place et reléguera vos mièvres rêveries aux oubliettes. Car l’artiste français d’origine yougoslave ne retient dans son art que le pire de ce que l’homme est capable de faire : de la terre un enfer.

Entrée de l'exposition aux Capucins

En ce moment je ne m’en sors pas des témoignages sombres, des récits de violence et de désespoir, dans lesquels la torture se mêle à l’agonie, puis à la mort, inexorablement. Je viens d’achever la lecture du Prix Landerneau 2016 « Il reste la poussière » de Sandrine Collette. Une lecture pénible, comme il m’a été pénible de regarder dans le détail les « Grünewald » de Veličković. « Il reste la poussière » : rien n’y pousse dans cette vie-là, surtout pas l’once d’un espoir de réconciliation même entre frères. C’est noir. C’est sanglant.

Et c’est résumer le début de vie de Vladimir Veličković. Sombre et sanglant. A l’âge de 6 ans, il est traumatisé par les atrocités nazies commises à Belgrade en 1941, et bien plus tard par l’horreur de la guerre civile (entre « frères ») en Yougoslavie. Amer souvenir qui forge son regard et donne naissance à une peinture hantée par la violence de l’humanité. Il devient dans les années 60 un artiste emblématique du mouvement de la Figuration narrative, fortement marqué par l’iconographie chrétienne . Bien que profondément athée, il est obsédé par la passion du Christ, les crucifixions et les corps sans vie, comme l’était Goya. Il peint beaucoup, de grands formats, comme pour combler dans l’urgence le vide abyssal creusé par une société en perte de repères, et laisser des « cicatrices de mémoire » pour que personne n’oublie jamais ce que l’homme peut faire à l’homme.

Première peinture de Vladimir Veličković exposée en 1964

L’exposition débute avec la toute première œuvre de Veličković peinte en 1964 et se termine avec son ultime peinture, « Danger », achevée en 2019, reprenant, en couleurs sombres, ce même thème inaugural crépusculaire d’un champ de bataille.

MEL, Nelly et moi devant l'ultime tableau de Veličković

 

Ce n’est pas la présence MEL qui me gêne sur cette photo, mais bien cet oiseau de malheur qui m’agresse et me pique la tête. Tout en moi n’est que dissonance cognitive en cet instant : je ne peux pas sourire devant un tableau prophétisant notre perte. Je suis #pourlevivant et je ne peux décemment sourire devant un tableau dans lequel rien n’est vivant.

Veličković savait, ON sait… Et pourtant combien de guerres civiles depuis la Yougoslavie (en Côte d’Ivoire, au Sri Lanka, en Centrafrique, en Irak, en Libye, en Syrie, en Ukraine, au soudan), combien de crimes contre l’humanité, contre le vivant, combien de catastrophes écologiques en cours et partout !.

J’ai besoin d’être rassurée : « Comment était Veličković dans la vie ? Je veux dire : Est-ce qu’il était aussi tourmenté que ses peintures ? » Michel-Edouard Leclerc connaissait bien l’artiste. Ils se côtoyaient depuis une quinzaine d’années, avec Enki Bilal, artiste multifacette également originaire de la Yougoslavie de Tito (même ville, même rue, même maison que Veličković !!)

« Vlada était un bon vivant. Il fallait bien qu’il compense. » Il avait plusieurs modèles de corbeaux empaillés dans son atelier. OK. Mais « Il aimait la vie. » Je suis rassurée. Je m’éloigne de la grande toile « Danger » et je recommence à sourire et avoir foi en l’avenir. L’homme est capable du pire, il ne faut pas l’oublier (Comment l’oublier en ce moment !). L’homme est également capable du meilleur. Le soir, en rentrant chez moi, je compenserai en regardant un film de Noël. A chacun sa méthode pour ne pas sombrer dans le désespoir.

The walking dead

 

Informations pratiques

Veličković, exposition au Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture, du 15 décembre 2019 au 26 avril 2020.

 

Les dates à retenir pendant l’expo :

SAMEDIS 21 DÉCEMBRE ET 18 JANVIER À 08H30

Visites commentées par Jean-Luc Chalumeau, commissaire de l’exposition. J’ai adoré ses drôles d'anecdotes qu'il a racontées lors du vernissage à propos de sa rencontre avec des real housewives françaises le prenant pour Veličković. « Je n'aime pas ce que vous faites Monsieur !» HA HA... Je suis sûre que les visites en sa présence seront passionnantes !

 

 

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Commenter cet article

Guigot 17/12/2019 20:47

Je vois que le message est bien passé. Bravo pour cet article bien veillant et plein d’émotions.
À bientôt au FHEL.

Sophie 18/12/2019 09:36

Merci Aurélie. Il en fallait une bonne dose de bienveillance pour contrebalancer la cruauté dans l'art de Veličković ! Bisous à bientôt

Nadege 17/12/2019 20:45

Chouette article Sophie ! Peut être une visite s'impose t-elle lors de notre venue histoire de se plomber un peu le moral avant un trop beau Noël ????

Sophie 18/12/2019 09:37

Une visite juste avant le Réveillon histoire qu'on comprenne bien la chance qu'on a d'être en vie et dans un pays épargné par la guerre. Hâte de vous voir :)

Marie POUPON 17/12/2019 19:04

très bel article, j'ai les boules, mais la curiosité l'emportera

Sophie Hamonet 17/12/2019 19:55

Courage Marie ! J'ai pas tout regardé. Et ensuite le champagne du vernissage a aidé. :)